Le fil de l’eau donne souvent de la transparence aux idées. loïc

 

Un loup, un jour de faim,
Dans une campagne, sur un chemin,
S’aventurait imprudemment,
Dans les traces humaines, évidemment.

Dans sa chance, un chien, il rencontra,
De bel aspect, bien qu’un peu gras.
Le chien, le voyant, se montra craintif
Pourtant, le loup n’était pas offensif.

Ce voyant, se dit ce dernier,
Mieux vaut parler le premier.
« Holà mon ami, n’ayez pas peur,
Est-ce moi qui à ce point vous fait horreur ? »

Le chien ramassa sa langue, surpris
D’être, par un sauvage, qualifié d’ami.
Est-ce ruse, pensa-t-il, que dois-je faire ?
Fuir, répondre ou bien me taire ?

Convaincu qu’il n’y avait là point d’agression,
Il trouva idiote toute forme d’hésitation.
« Allô, passant, vous avez bien de l’audace,
Pour ne craindre qu’ici, des hommes rôdassent ! »

« Comment veux-tu que je fasse », se met à dire
Le loup qui, malgré le froid, transpire.
« Tu vois à mon état que j’ai fait une longue route,
Ne trouvant pas souvent de quoi casser la croûte ! »

« Alors, j’ai choisi de venir
Près des villes, pour me nourrir.
Au sein de ma tribu, j’ai perdu mon emploi,
J’ai été chassé, loin, par plus fort que moi. »

Frappé par cette confession,
Le chien dit avec compassion
« Ainsi, des hommes vous avez adopté
Les principes, parfois odieux, de rentabilité ? »

« Mais dis-moi, ajouta-t-il, curieux,
Comme toi, êtes-vous ainsi nombreux ? »
« De plus en plus, répondit le sauvage animal,
L’être humain, tu sais, nous a fait du mal. »

« Il a tellement envahi, pourri et sali la nature,
Inventant même que mortelles sont nos morsures.
Balivernes, tout cela ! Mais nous sommes partis ailleurs,
Très loin. Et lui ne sait pas qu’il fabrique son malheur. »

« Moi qui connais bien l’homme, lâcha le chien,
Je te trouve savant. Tu ne parles pas pour rien !
J’avoue volontiers, sachant que je ne suis pas bête,
Ne pas avoir ta sagesse, ne pas avoir ta tête. »

« Reste-là, je vais te chercher de quoi manger,
Tu m’apprendras comment pour vivre, résister,
Je te dirai comment je vois l’homme évoluer,
Nous serons frères pour que la paix puisse durer . »

Le chien revint vers son nouveau compagnon,
Ayant, aux hommes, pris les mets les plus bons.
Quel régal fut ce joyeux repas,
Qu’ils n’attendaient pas !

Ils montraient au monde que point ne fallait,
Avoir des jugements tranchés, tous faits,
Que le sauvage pouvait avoir science et tendresse,
Là où l’éduqué croyait seul posséder la sagesse.

Que l’homme ne se sauverait pas
En voulant mettre la nature au pas.
Que de telles rencontres fortuites
Peuvent avoir de longues suites….

 
© loic de trigon

 

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